Vite un bouclier de sécurité …

… pour les femmes victimes de violence. Nous reprenons ici la déclaration de Laurence Cohen, Sénatrice CRCE du Val-de-Marne, faite en septembre à la suite du Grenelle des violences conjugales. violence, femme, féminicide

Ainsi que la demande de Sylvie Fuchs conseillère du 77 pour que des moyens et un financement régional soient misent en oeuvre. A nous d’en faire un objectif repris par le plus grand nombre de nos concitoyens

Comment ne pas être en colère aux lendemains des annonces de la première journée du « Grenelle des violences conjugales », alors que le décompte macabre des féminicides s’alourdit ?

Le président de la république et son premier ministre misent, sans doute, sur ce Grenelle pour faire oublier que les principales réformes, qu’ils font voter, aggravent les discriminations envers les femmes et creusent les inégalités qui les frappent.

Quant à la secrétaire d’état, Marlène Schiappa, elle pense pouvoir s’en sortir par un plan de « com », des affirmations approximatives voire en contradiction avec la réalité, et de nombreuses questions restées en suspens.

Pourquoi se limiter aux violences conjugales alors que le spectre des violences est bien plus large – au travail, dans les transports, dans la rue -, que les violences sont multiformes (harcèlement physique et moral, inégalités salariales et professionnelles, mariage forcé, excision, viol, prostitution…)

Pourquoi filtrer les invitations alors qu’il faudrait au contraire puiser dans toutes les énergies, toutes les expertises de celles et ceux qui luttent depuis longtemps contre les violences.

Comment soutenir la Secrétaire d’Etat qui entend lutter contre les violences sexistes et sexuelles en créant un filtre Snapchat ?
Comment continuer d’accepter qu’on jette le trouble sur le rôle du 3919 qui n’est autre qu’un numéro d’écoute et non un numéro d’urgence ?

Pourquoi « un Grenelle » alors que toutes les associations féministes, les familles des victimes, les actrices et les acteurs qui luttent contre les violences non seulement partagent le constat mais également les propositions pour débarrasser la société de ce fléau ?

Rappelons que la convocation d’un Grenelle a pour objectif d’instaurer un débat multipartite pour parvenir à un accord afin de résoudre les problèmes !

Ce dont les femmes ont besoin, ce sont des moyens financiers et humains donc plutôt un plan Marshall comme l’a fort justement rappelé Fabien Roussel, secrétaire national du PCF.

L’ensemble des actrices et des acteurs, qui luttent contre les violences, exigent en urgence 1 milliard d’euros. C’est la somme indispensable pour disposer d’un hébergement spécialisé, consolider et élargir l’action des associations qui font un véritable travail de service public, développer la formation des policières et policiers, des magistrat.e.s, des professionnel.le.s de santé…

Or, les annonces sont bien loin des besoins avec seulement 1 million d’euros pour la création d’un fonds « Catherine », somme qui s’ajoute au budget annuel de 79 millions d’euros, pour lutter contre les violences conjugales.

Le décalage des sommes allouées à ce qui devait être la grande cause nationale est ahurissant et révoltant. Faut-il rappeler ici que le président Macron a annoncé la création d’un fonds de 5 milliards pour financer la haute technologie (High Tech) ?

Quant aux hébergements, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé 5 millions d’euros pour 1000 nouvelles places, 250 en hébergements d’urgence et 750 en aide au logement temporaire pour personnes en détresse., alors qu’il en faudrait au moins 2000 !

Et puis, pourquoi lancer un audit de 400 commissariats et gendarmeries ? On sait ce qui dysfonctionne et nous répondons unanimement FORMATION. Chaque année, 230 000 femmes renoncent à aller porter plainte au commissariat parce que leurs témoignages sont minimisés et que les procédures sont bien trop longues et donc décourageantes.

Formation au niveau de la police, de la justice mais également des personnel.le.s de santé. Ainsi, il faudrait développer un enseignement spécifique à l’égard des étudiant.e.s en médecine, afin qu’elles et ils diagnostiquent certains symptômes par le prisme des violences conjugales.

Le travail de la psychiatre Muriel Salmona sur la prise en charge globale des psycho-traumatismes, est d’un apport indiscutable et il est incompréhensible qu’elle ait été boudée, elle aussi, de ce Grenelle. Appuyée par de nombreuses associations, elle affirme qu’il serait nécessaire d’implanter une unité par bassin de 200 000 habitants. Or, ce sont, finalement, 10 unités qui ont été mises en place, dont le fonctionnement n’est pas garanti, du fait de l’austérité qui règne à l’hôpital.

Pourtant, ces unités seraient d’une aide précieuse non seulement pour les victimes mais également pour leurs familles qui sont livrées à elles-mêmes.
Enfin, la grande oubliée de ce Grenelle est la prévention. Il faut, sans plus attendre, programmer une éducation à l’égalité de la crèche à l’université.

On le voit, les problèmes ne sont pas pris au bon niveau et des femmes vont continuer de mourir sous les coups de leurs compagnons ou ex compagnons. C’est intolérable !

Parce qu’il s’agit de non assistance à personnes en danger, je réaffirme non seulement l’urgence à voter une loi-cadre contre les violences faites aux femmes, mais également à débloquer un milliard d’euros pour cette grande cause nationale.

Il n’y a plus une minute à perdre, il faut agir maintenant !

Laurence Cohen
Sénatrice CRCE du Val-de-Marne,
co-animatrice de la commission féminisme et droits des femmes du PCF